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Critères de normalités


PEUT-ON DÉFINIR DES CRITÈRES DE NORMALITÉ EN POSTUROLOGIE CLINIQUE.

En fait, les différents travaux réalisés depuis plus d’une centaine d’années (Da Cunha, Paillard, Bricot…) nous amènent à considérer le système postural comme un “tout structuré” à entrées multiples ayant plusieurs fonctions complémentaires :

- lutter contre la gravité et maintenir une station érigée ;
- s’opposer aux forces extérieures ;
- nous situer dans l’espace temps structuré qui nous entoure ;
- nous équilibrer dans le mouvement, le guider et le renforcer.
Pour réaliser cet exploit neurophysiologique, l’organisme utilise différentes sources :
- les extérocepteurs, nous situent par rapport à notre environnement (tact, vision, audition) ;
- les propriocepteurs, situent les différentes parties de notre corps par rapport à l’ensemble, dans une position donnée ;
- les centres supérieurs, intègrent les sélecteurs de stratégies, les processus cognitifs (Paillard) et traitent les données issues des deux sources précédentes.
Il existe toutefois un “invariant postural” qui représente la position idéale du corps dans l’espace, à un moment donné de notre évolution phylogénétique.

A ) DE PROFIL (PLAN SAGITTAL).

l’axe vertical du corps passe par :
- le vertex;
- l’apophyse odontoïde de C2;
- le corps vertébral de la 3° vertèbre lombaire;
- et se projette au sol au centre du quadrilatère de sustentation, à égale distance des deux pieds.
Les plans scapulaires et fessiers sont alignés.
Chez l’adulte la flèche lombaire doit être de 4 à 6 cm ( 3 travers de doigts) ;
la flèche cervicale de 6 à 8 cm (4 travers de doigts).



B ) DE FACE (PLAN FRONTAL).Différentes lignes doivent être horizontales :

- la ligne bipupillaire ;
- la ligne bitragale ;
- la ligne bimamelonnaire ;
- la ligne bistyloïdienne ;
- la ceinture scapulaire ;
- la ceinture pelvienne.

Certains posturologues considèrent une légère bascule des ceintures comme normale et physiologique : nous ne partageons pas cette opinion car la correction du système postural, telle que nous la concevons, permet souvent une correction complète des bascules. Il est vrai que notre latéralité et notre éducation normodextrique nous poussent au déséquilibre mais nous ne pouvons pas considérer ce phénomène comme normal. Il est flagrant de constater que les rares sujets parfaitement équilibrés ne souffrent jamais du dos. Les pieds reposent au sol de façon harmonieuse et symétrique, un léger valgus lié à l’appui bipodal peut être considéré comme physiologique, il disparaît en appui unipodal.

C ) LE PLAN HORIZONTAL.

- Il n’y a ni avancée, ni recul d’une fesse ou d’une épaule par rapport à l’autre.

Conclusion.

Ainsi peut être définie la statique normale, seulement moins de 10 % de la population semble correspondre à ces critères, ces sujets n’ont quasiment jamais de douleurs…


 
POSTURE NORMALE
=
ABSENCE DE CONTRAINTE, RAPPORTS HARMONIEUX,
=
PAS DE DOULEUR.

  II ) PLUS DE 90 % DES INDIVIDUS PRÉSENTENT UN DÉSÉQUILIBRE POSTURAL.

A ) DANS LE PLAN ANTÉRO-POSTÉRIEUR.

Quatre paramètres principaux sont à étudier:
1 ) le plan scapulaire;
2 ) le plan fessier;
3 ) la flèche cervicale;
4 ) la flèche lombaire.

Seule l'occurrence A est normale ; quatre troubles statiques principaux :
- B, plan scapulaire et fessier alignés : avec augmentation des flèches;
- C, plan scapulaire postérieur.
- D, plan scapulaire antérieur;
- E, plan scapulaire et fessier alignés : avec diminution des flèches.
- La distance occiput/plan postérieur doit être inférieure à deux travers de doigts.



B ) TROUBLES STATIQUES DE FACE.

C’est au niveau des ceintures que l’on notera le plus facilement les perturbations posturales.

1 ) La bascule des épaules :
En l’absence d’une grille de référence ou d’examens complémentaires, cette bascule s’étudie plus facilement au niveau des poignets (styloïdes radiales).

2 ) La position du bassin dans l’espace :
Seule l’étude en médio-iliaque nous donnera avec certitude la position du bassin dans l’espace.
En effet, il n’est pas rare de constater une discordance entre les paramètres classiques antérieurs et postérieurs, elle est le reflet d’une torsion hélicoïdale du bassin sur son grand axe.



3 ) trois notions fondamentales doivent se dégager :

a- Le déséquilibre de la ceinture scapulaire est lié à la latéralité :

- généralement chez le droitier : l’épaule gauche est la plus haute ;
- chez le gaucher, c’est le contraire.

b- Lorsque les épaules et le bassin basculent dans le même sens :
- le capteur initialement perturbé est oculaire;
- une cause podale initiale provoque, pour sa part, un déséquilibre du bassin inverse de celui des épaules.

c- Il existe toujours un déficit neuromusculaire et micro-circulatoire dans le membre supérieur de l’épaule la plus basse (généralement celle de la latéralité).

C ) TROUBLES STATIQUES DU PLAN HORIZONTAL.

C’est l’étude des rotations des épaules et du bassin ; on parle alors :
- d’ilium antérieur ou postérieur ;
- et de scapulum antérieur ou postérieur.
Les contraintes sont alors en rotation et/ou en torsion . La rotation de la ceinture scapulaire est fortement influencée par la latéralité. En ce qui concerne les rotations du bassin elles peuvent se faire dans le même sens que celles des épaules ou en sens inverse.




 
CONCLUSION
 
Ainsi sont définis les troubles statiques dans les trois directions de l’espace. La plupart du temps associées, ces perturbations réalisent un trouble statique plus ou moins complexe, responsable des hypercontraintes articulaires postérieures et des hypersollicitations musculo-ligamentaires (Bricot, Auger, Bougros).

 
AU TOTAL
 


Il est difficile de considérer des sujets présentant un déséquilibre postural clinique comme des sujets normaux et ce pour plusieurs raisons :
- les sujets ayant une posture cliniquement équilibrée ne souffrent pas du dos ;
- les patients algiques présentent toujours un déséquilibre postural patent ;
- lorsque différents capteurs sont déréglés et qu’apparaît un déséquilibre postural celui-ci ne se corrige jamais seul, l’organisme intègre un nouveau schéma postural qu’il considère comme normal
- lorsqu’en posturologie clinique le praticien arrive (en dix mois) à une correction complète de son patient les douleurs ont, dans la plus grande majorité des cas, disparu et l’équilibre retrouvé est stable dans le temps (…sous réserve d’un sevrage progressif des corrections).

Si “les normes 85 ont le mérite d’exister” (Gagey), elles ont été établies de manière tout à fait arbitraire sur des sujets considérés comme normaux, car sans maladie particulière, sans traitement particulier et sans vertige.

Si l’on se réfère aux différents travaux faits en milieu scolaire (Barbier, Aït-Abbas, Ceccaldi, Cohen Raz) seuls 11% des enfants n’ont aucun capteur du système postural déréglés ; ce qui veut dire que 89 % ont déjà un ou plusieurs capteurs déréglés. Qui plus est, si les sujets algiques ont toujours un déséquilibre postural, l’inverse n’est pas systématiquement vrai et un sujet présentant un déséquilibre postural, n’est pas systématiquement algique. En 1985 la posturologie classique était plutôt destinée à étudier les troubles de l’équilibre au sens oto-rhino-laryngologiste ou neurologique du terme, c’est à dire essentiellement les vertiges ou leurs équivalents mineurs (même encore en 92 : “les troubles de l’équilibre”, Frison-Roche). On se heurte actuellement en pratique courante à un paradoxe extrêmement fréquent : des sujets très algiques, souffrant ou de manière chronique ou en aiguë, de différentes douleurs, sont tout à fait dans les normes 85 (Bizzo). Il en est de même pour des sujets présentant différents vertiges fonctionnels.

Il nous a donc paru logique de vérifier, à l’aide d’une plate-forme de strabilométrie, les différents paramètres de sujets que nous considérions comme cliniquement normaux, c’est à dire sans troubles posturaux dans les trois directions de l’espace et sans capteurs déréglés. Nous avons comparés les résultats avec les normes 85.


 
POPULATION
 
Le recrutement fait essentiellement sur des patients ayant fini leur reprogrammation posturale, nous à permis de sélectionner des sujets qui, généralement, ne présentaient plus de symptômes algiques ou vertigineux, mais surtout, cliniquement équilibrés. En effet, un bilan postural clinique est réalisé, suivant les normes du Collège International d’Étude de la Statique (C.I.E.S.), afin de vérifier l’équilibre relatif dans les trois directions de l’espace, ainsi que la normalité des principaux capteurs, là encore avec les normes du C.I.E.S :
- pieds symétriques, léger valgus en bipodalité, centré en unipodal et sans pivot rotatoire sur la mortaise tibio-tarsienne ;
- yeux : avec correction habituelle, verres centrés, vision binoculaire, convergence à la racine du nez, exo/eso inférieure à 1 à 2 dioptries, pas de hauteur ;
- occlusion équilibrée en classe I ;
- pas de cicatrices pathologiques.
68 sujets ont été retenus.
Nous n’avons pas mis de limite d’âge, les sujets testés avaient de 10 à 79 ans pour une moyenne de 43,3 ans ; 30 hommes et 38 femmes.

 
MATÉRIEL ET MÉTHODE
 
L’étude fut réalisée à l’aide d’une plate-forme de stabilométrie de type QFP système en conditions normalisées. Deux mesures sont faites sur 51,2 secondes, la première Yeux Ouverts (YO), la seconde Yeux Fermés (YF), la fréquence utilisée est de 5 Hz. l’analyse statistique est de type : test “t” univariée paramétrique avec tableau récapitulatif des statistiques descriptives et étude des centiles. Les différents paramètres analysés sont les suivants :
surface, longueur, X-moyen, Y-moyen, LFS, VFY, Quotient de Romberg.

 
RÉSULTATS
 
















CONCLUSION
 
Nos critères de normalité sont beaucoup moins permissifs que les normes 85. Il est rare de trouver un patient algique ou vertigineux à l’intérieur de ces paramètres. Cette étude devrait être affinée en fonction des tranches d’âge et porter sur un nombre encore plus important de patients. La dernière remarque est qu’il faut considérer comme normalité non pas la moyenne normale mais la moyenne harmonique.

BIBLIOGRAPHIE
AIT-ABBAS L. Occlusion et posture de l’enfant. Toulouse. Mémoire pour le Diplôme Universitaire d’Occlusodontologie. 1992.
AUGE R. L’Ajustement proprioceptif chez les lombalgiques. Kinési. Scient. N° 122 19,30
BARBIER L. Posture et statique chez l’enfant. Étude statistique réalisée en milieu scolaire. Paris Archives du C.I.E.S. 367 av. du Prado Marseille 13008. 1994.
BARON J.-B, GAGEY P.- M., ASSELIN B. , USHIO N. , les Asymétries de la posture orthostatique sont-elles aléatoires ? Rev. Méd. Travail 189-195 1977.
BERTHOZ A., GAGEY PM., SEMON A., VAN TICHELEN P., MARUCCHI ET COL. : Les troubles de l’équilibre Ed. Frison-Roche ISBN 2-87671-113-3.
BIZZO G, GUILLET N, PATAT A, GAGEY P-M. Spécifications for building a vertical force platform designed for clinical stabilometry. Med Biol eng et Comput. 474-476 1985
BOUGROS. “Compte rendu expérimentation sur les semelles polarisantes”.Hôp Cavaillon Sce Chir Archives du C.I.E.S. 367 av. du Prado 13008 Marseille.
BRICOT B. “Contribution à la correction des troubles du tonus postural par action sur l’appui podal”. Marseille Thèse Fac. Méd. 1981 .
BRICOT B. La reprogrammation posturale globale Sauramps Médical ISBN : 2 84023 110 7.
DA CUNHA H.M. Le syndrome de déficience posturale. Agressologie 1987, 28, 941-943.
EUZET J.-P. “Approche méthodologique de l’évaluation de l’équilibre postural”. Nice Mémoire de maîtrise fondamentale - S.T.A.P.S./U.F.R.E.P.S. 1987.
GAGEY P-M, BIZZO G, BONNIER L, GENTAZ R, GUILLAUME P, MARUCCHI C. Huit leçons de Posturologie.75012 Paris Association française de posturologie. 1990.
KOHEN-RAZ Learning disabilities and postural control. 1986.
PAILLARD J. Le corps situé et le corps identifié : une approche psychophysiologique de la notion du schéma corporel. Rev. Med. Suisse Romande 129,141 1980.
VAN PARYS, NJOKIKTJIEN Ch. Romberg’s sign expressed as a quotient. Agressologie. 95-100 1976 17, B.

 
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